Celso, pilote brésilien.
 
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Compte-rendu de la XCeara 2005 au Brésil !

Voici le compte-rendu de Jacques Bott pour cette édition 2005 :

 Vendredi 4 Novembre
Retrouvailles à Fortaleza :
en Parapente: François Boisis, Olivier Leonetti, Frank Arnaud et Brett Zaenglin un copain d'Alaska habitué de Ceara.
en Delta: Eric Mathurin (un autre accro de Ceara), Eric Wyss, Françoise Dieuzède et moi même.

 Samedi 5 Novembre
Trajet Fortaleza Patu dans nos 2 véhicules de récupe :
Dioclais en Pajero, il parle un peu anglais, est pilote Delta, sait se servir d'un GPS, a une radio opérationnelle; il tourne déjà depuis 2 mois sur Patu avec diverses équipes de parapentistes.
Gabriel, chauffeur professionnel et son Landrover Defender tout neuf.
Ils sont respectivement à 450 et 600 Réals par jour, tout compris, kilométrage illimité, leur propre hébergement inclus.

 Dimanche 6
Dès le lever du jour le ciel a belle allure et le vent d'Est est au rdv. Lorsque nous arrivons sur le site, Luis Fernando (de Brasilia) décolle déjà, il est 8h15…
Nous décollons à 9h30. En attendant que les autres arrivent au plafond je vai prospecter sur la falaise au Nord, n'y trouve rien, et lorsque je veux en revenir je dois ramer contre une composante de 20km/h de face; résultat, je rejoins tout juste le déco lorsque les autres partent à environ 1500m. Lorsque je pars, ils sont déjà au km 20, et de plus j'augmente mon retard dans un point bas dont je mets du temps à ressortir. Après, tout s'enchaîne sans difficulté sur la plaine qui se termine au km 100 par une chaine de montagne à traverser. Derrière, un immense lac artificiel qui n'existait pas il y a 2 ans. C'est la difficulté du trajet: tout d'abord il faut le traverser car il a bien la taille du Léman, mais il est aussi à l'origine de l'immense trou bleu qui commense au niveau de la berge opposée. Eric Mathurin qui était devant en fait les frais et pose au km 142. Je retrouve Eric Wyss alors que j'assure le plafond avant la traversée, mais il ne m'attend pas. Nous prenons un cap NW pour éviter le trou bleu en face. Françoise, Brett et Frank on choisi de contourner le lac par le Nord, ce qui les met sur l'axe de Quixada (Léo et François sont tombés à la première transition). Par la suite Eric Wyss continue sur une route NW, alors que je reprends ma progression vers l'Ouest parralèllement à l'axe de récup, sans entrer dans le trou bleu.
 
  Dans la plaine de Quixeramobim, ornée de magnifiques pains de sucre, je suis intercepté par un aigle qui ne me lâche plus: c'est la première fois que cela m'arrive à Céara, il semble avoir des problèmes de perf, car il est obligé de battre des ailes pour me suivre… néanmoins il n'a de cesse de manifester son agressivité: chaque fois que je me retourne, je ne vois que sa geule grande ouverte. Je le traite de tous les noms, pas seulement d'oiseaux… il pourrait bien me lâcher la grappe, ne voit-il donc pas que je ne fais que passer. Mais il est tenace, au bout de 10 km je me retrouve bas et un thermique atomique nous explose à la figure sous le vent d'un pain de sucre. J'oublie un moment mon agresseur, ce thermique il me le faut, et j'envoie du gros, inclinaison maximale, vitesse en concéquence, cramponné à la speed bar, malmené dans des turbulences extrêmes… l'aigle doit prendre mes évolutions radicales pour des manœuvres d'intimidation, je n'ai plus le temps de le surveiller mais il est toujours là dans mon sillage. Le pilote de rigide que je suis souffre terriblement…Après de pénibles efforts, nous voilà enfin au plafond, et c'est reparti pour une transition où l'overdrive ne m'est que de peu d'utilité car j'ai déjà du mal à tenir mon cap même en ne le tendant que d'un tiers. Je rêve à mon Atos VR, les efforts pour faire voler mon Aéros Combat en ligne droite dans cette masse d'air en ébullition me donnent la nausée… finalement l'aigle a fait demi tour et je me marre en pensant qu'il va "ramer" pour rentrer à la "maison" face au vent… madame Aigle risque de ne pas être contente s'il rentre tard…

  En m'approchant du relief au sud de Quixeramobim, des petits Cumulus me permettent de me rapprocher encore de l'axe avant d'aborder la montagne. Devant ça n'a pas l'air de "poser" bien en delta, aussi j'assure le plafond avant de m'engager; une fois dessus, les thermiques deviennent meilleurs, l'après midi tire à sa fin, ils sont enfin rond. Je reconnais Boa Viagem sur la droite, et au loin devant la ligne du plateau de Poranga. En quittant le relief, je fonce droit devant vers une rue de nuage que j'espère attraper. Lorsque je l'atteins il est déjà 17h, le soleil se couchera dans 30 minutes et dans 45 minutes il fera nuit noire. Je renonce donc à y faire le plafond, et accélère en vue de perdre toute mon altitude en une demi heure. Grace à la rue de nuage, je transite vite sur environ 55km. Je croise une route asphaltée et, en quête d'un atterrissage j'apperçois une petite ville au loin vers le Sud, je m'y rends et y pose 10 minutes après le coucher du soleil, c'est Crateus, km 355, record personnel, j'ai parcourru 369km selon les critères d'OnLineContest. Le temps de replier, et Dio est déjà là avec Eric Mathurin qu'il a déjà récupéré.
Eric Wyss a rejoint l'axe suivi par Frank, Françoise et Brett. Brett qui ne comprend pas bien le français croit qu'ils sont à Quixeramobim, aussi après avoir survolé Quixada, il continue vent de travers vers Quixeramobim et pose après une distance avec un point de contournement d'environ 250km. Françoise assure; plutôt que de s'engager dans le bassin d'Ibuacu où ça pose très mal en delta, elle décide sagement de s'arrêter à Madalena avec 260km au compteur. Frank pose au km 285 et Eric Wyss au 290, mais en voulant éviter une clôture, il casse un bord d'attaque…Ils ont tous les 3 battus leur record personnel.
L'axe Patu Cratéus est prometteur, le vent d'ESE n'était que de 15 à 20 km/h, et la récup est efficace et confortable: 6h de route dont seulement 20km de piste.
Par contre la récup du secteur Madalena – Ibuacu est une galère car Eric et Frank, malgré les consignes que je leur avais données au briefing, au lieu de se rendre en mototaxi à Ibuacu et d'y rester, retournent chez l'habitant et y restent au milieu de nul part… résultat, le Landrover de Gabriel va tourner pendant des heures à leur recherche dans le labyrinthe nocturne des pistes toutes plus défoncées les unes que les autres… ce qui se traduit pour eux par un retour au bercail à 7h du matin…

 Lundi 7
Nous apprenons que Luis Fernando s'est crashé la veille en battant de 5km le record d'Amérique du Sud précédemment détenu par Mario Alonzi (437km); il a perdu connaissance pendant plusieurs heures, s'est cassé le bras et des côtes…
Seuls François Boisis et Leo vont voler, pour les autres c'est repos. Ils améliorent leur score de la veille et posent aux environs du km 70.

 Mardi 8
Eric Wyss se rend à Natal pour récupérer un bord d'attaque neuf que l'importateur brésilien lui fournit au prix fort.
Décollage tardif, 10h50 à l'apparition des premières barbules. Nous commençons le vol ensemble, Françoise, Eric Mathurin et moi. Nous prenons l'option relief qui commence 20km à l'Ouest du décollage; il fait une cinquantaine de km de long, son orientation est Est-Ouest. Les conditions sont "indécentes": après un 5m/s pour accéder au plafond, nous le parcourons d'un bout à l'autre en ligne droite… suit la traversée d'une plaine sur environ 30km qui ne pose aucun problème, et c'est la chaîne Nord-Sud qui délimite la large vallée du lac de Jaguaretama. Un plafond pour la traverser, mais si notre route nous a ammené bien au sud du lac, la vaste vallée est dépourvue de tout nuage sur plus de 40km de large. Je bétonne le plafond avant de me lancer dans le vaste trou bleu, alors qu'Eric continue d'aller vite. De moins en moins haut, je traverse le fleuve, et après une dizaine de km, en vue d'Eric qui spirale plus loin devant moi, je raccroche du 1m/s qui me remonte de 300m, puis un peu plus loin du 2 sur 400m et enfin à proximité d'une fumée qui bute sur une inversion à 1600m encore du 2 sur 800m. Je puis alors tirer vers la première barbule où un 3m/s me remonte à 2800, Adieu le trou bleu… Ensuite plusieurs relais similaires me permettent de progresser à environ 20 à 25 km au sud de l'axe de récup qui lui reste dans le bleu. En fin d'après midi les barbules disparaissant, je converge vers l'axe dans un vent travers et à l'arrivée sur le relief de Pedra Branca je remonte vent de face vers Minerhollandia pour me poser sur un terrain que j'avais pratiqué il y a quelques années. 236km selon OLC, le temps de replier, la navette est là avec Eric qui avait posé vers 16h à Milha au km 185 sur l'axe de récup; au retour nous récupérons Françoise à Senador Pompeu, au km 205. Nous avons le temps de dinner, et nous prenons la route pour Patu avec une heure estimée d'arrivée 0h30. Mais après Jaguaretama le moteur du Pajero commence à emmettre des bruits bizarres. Un peu plus tard, en pleine nuit en pleine Catinga (genre de garrigue) il rend l'âme… voler au Brésil, c'est toujours l'aventure… heureusement nous sommes encore dans une zone de couverture GSM et Dio réussit à contacter Gabriel qui termine la récup de François et Léo (ils ont fait respectivement 100 et 130km bien décalés au sud de l'axe). Nous attendons que Gabriel revienne nous chercher, pour une arrivée à la Poussada vers 3h du matin…
Décollage tardif, après le km 100, le vent est passé NE, la composante arrière ne dépassant pas 15km/h; et comme nous étions décallés au sud de l'axe, il a même fallu lutter contre le vent pour revenir sur l'axe; ce n'était pas une journée à record, à moins de trouver un autre axe.

 Mercredi 9
Nous n'avons plus qu'un véhicule, il sera pour les parapentistes. Brett réussit à joindre Quixada (200km), François et Léo sont entre Jaguaribe et Jaguaretama, ils améliorent leur score de la veille de quelques dizaines de km.

 Jeudi 10
Aujourd'hui c'est au tour des deltas de voler. Dès le début, le vent a une composante Nord contre laquelle il faut lutter. Nous passons donc, Eric Mathurin et moi même par la plaine en essayant de nous positionner bien au Nord de l'axe en prévision de la rotation du vent encore plus vers le Nord à partir de la vallée du lac de Jaguaretema. Eric Wyss n'anticipe pas ce phénomène et part dans l'autre plaine au Sud du premier relief. Il le paiera par une remontée vent de face sur plus de 30km au niveau de la chaine de montagne Nord-Sud au km 100.
Françoise a des problèmes d'orientation et décide de faire demi tour pour poser à Patu. Eric et moi progressons sans trop de problème dans la plaine avec des plafonds 1900 au nuage. Avant de m'engager sur la chaîne de montagne je bétonne à 2300, mais après le passage cela se passe mal pour moi: turbulences, rotors, thermiques inexploitable et comme prévu la composante Nord du vent se renforce. Cela se termine par le point bas de la dernière chance juste avant le lac… ouf, ça remonte. Après la traversée du lac j'ai déjà dérivé au sud de l'axe, et Eric Mathurin qui n'a pas voulu se laisser dériver tombe dans le trou bleu de Jaguaretama et pose sur l'aérodrome au km140. Ensuite la situation aérologique est frustrante: je n'ai plus jamais réussi à faire le plafond; il y avait au moins 3 couches d'air différentes avec des vents différents, le plus souvent de travers. Dès que je transite correctement, je remonte vers l'axe contre la composante traversière du vent. Lors d'un point bas à Senador Pompéu, je remarque une piste importante qui part vers le SW, exactement dans le sens de la dérive. Un peu plus loin, à nouveau en point bas ça repart alors que rien ne permettait de le présager (ombre). Le soleil a déjà bien amorcé sa descente vers l'ouest, comme j'aimerai refaire le plafond… mais les varios sont trop faibles. Je passe Mombaca en dérive, puis je transite relativement bien dans la même direction, la piste est devenue une route asphaltée qui mène à Taua 80km plus loin. J'aborde ensuite un relief tourmenté avec des zones d'atterrissage de plus en plus rares et incertaines. Ma hauteur sol a diminué et je n'arrive plus à remonter. Je jette l'éponge et fais demi tour vers des atterros plus fréquentables survolés précédemment. Une fois posé à proximité immédiate de la route, (dans le champ suivant en sautant une barrière car j'étais trop long…), je n'ai même pas le temps de finir de replier que le Landrover de Gabriel arrive avec Eric Mathurin. Distance selon OLC 275km. Au retour nous récupérons Eric Wyss à Ema, un village situé au km 100 au pied de la chaîne de montagne. Nous sommes de retour vers 1h du matin.

 Vendredi 11
Journée des parapentistes, mais la météo n'est pas très encourageante (ciel voilé) aussi décident-ils de se rendre par la route à Quixada avec Françoise qui ne résiste pas à l'attrait de la piscine d'Almeida. Gabriel reviendra dans la soirée pour la récup du lendemain.

Samedi 12
Le ciel est bien clair, nous montons au décollage, les deux Eric et moi. Nous sommes dans un trou bleu, le vent est travers gauche, mais nous n'arrivons pas à retenir Eric Wyss qui décolle trop tôt et fait par conséquence un tas… Eric Mathurin veut replier, mais je le convainc de voler quand même: "pense aux copains qui sont dans la grisaille en métropole…"; enfin, vers 11h30 les premières barbules font leur apparition. Eric décolle avec une rassurante facilité… confiant je m'élance à mon tour, mais ça ne porte plus, je voudrais augmenter ma foulée pour accélérer, mais mes talons butent sur mon harnais surchargé, l'aile me dépasse et me voilà en train de raper la latérite du décollage, speebar en avant, de toute la longueur de mon corps, sur plusieurs mètres de longueur… premier décollage raté depuis l'été 1978 L heureusement cette fois çi sans blessure si ce ne sont quelques égratignures au visage et une plaie superficielle au niveau du tibiac gauche. Aile vérifiée (même pas un montant…), plaie nettoyée avec de l'eau et du PQ, et me revoilà en l'air dans un magnifique +4! Cette fois j'avais au préalable bien remonté la plaque dorsale coulissante à l'arrière de mon harnais ainsi que les cuissardes pour ne pas être gêné dans ma course d'envol (propriétaires de harnais Skyline Zero Drag Racer soyez attentif à ce fait). Notre but aurait été d'aller à Quixada en vol, mais le vent n'était pas de la partie: il était NE soit plein travers. Nous avons décollé tard, suite à mon incident j'étais loin derrière Eric Mathurin, aussi après 2 hdv, au km 60, en point bas sur un immense champ au bord d'une des rares routes asphaltées, la récup en contact radio et visuel, je décide d'arrêter mon vol. Eric réussira à passer Jaguaretama de 3km soit encore environ 140km.

 Dimanche 13, début du séjour à Quixada
Manche de gala à laquelle nous ne participons pas (Quixada -> Quixeramobim, 35km)

 Lundi 14, première manche
Y a d'l'éléctricité dans l'air: dès 8h30 la première grappe de parapentiste décolle et ne tarde pas à partir… évidemment les trois quart tombent dans le bassin de Quixada ou la plaine de Madalena. Eric Mathurin décolle à 9h30. Je préfère attendre encore, mais très rapidement le ciel se ferme entièrement sur le décollage et les 20 premiers km du trajet; ce sera fatal à Eric Wyss. Au sol il nous faut longement patienter jusqu'au retour du soleil: pendant plus d'une heure quelques parapentistes restent ainsi scotchés à quelques mètres au dessus du pain de sucre qui domine le décollage. Enfin le soleil revient, je décolle aussitôt, la pompe de service s'est rallumée: 5m/s 1800. Après le verrou de Custodio (entrée de la plaine de Madalena) Françoise trouve un thermique qui nous sort du traditionnel point bas. Après Madalena je me contente de dériver sur 14km dans un mauvais thermique car ça pose mal en dessous et je ne vois pas de meilleur opportunité d'ascendance dans le secteur. En abordant le plateau de Monsenor Tabosa je fais une franche remontée vers le Nord pour éviter un trou bleu (il sera fatal à Françoise). Je raccroche bas la pompe de service sur le relief à l'Ouest de la ville. A 14h, un parapentiste portuguais, réscapé de la grappe de 8h30 s'annonce à Poranga (km 215) ainsi qu'Eric Mathurin. A 2400, je me crois tiré d'affaire à portée d'une rue de nuage qui traverse toute la plaine de Nova Russa, mais elle se défile au fur et à mesure que j'essaie de l'atteindre. Je passe Nova Russa presque en rase motte, le ciel se couvre de plus en plus. Je me jette sur une zone ensoleillée d'où je remonte péniblement à 2100. Devant il n'y a absolument plus de soleil, et en abordant le plateau de Poranga le vent vire au Nord. Je trouve les conditions trop hasardeuses pour m'engager plus loin car les atterros y sont rares et décide de me dérouter vers Poranga vers 15h. Plus tard, quelques parapentistes arrivent et posent un peu plus loin sur la piste. Patrick Collin arrive avec son Wills Wing Talon alors que je finis de replier. C'est du petit Quixada. Le parapentiste portuguais annonce 278km, mais on ne sait pas si il a réussi à garder l'axe, ou si il est parti en fuite à 90° vers le SW.

Mardi 15
Il me faut consulter un médecin car ma plaie à la jambe gauche, mal nettoyée, prend une allure pas très rassurante et le pied enfle: résultat, je continuerai la compétition sous antibiotique…
Pour ceux qui volent, les conditions sont très fortes et le vent de travers. Un parapentiste de normandie fait une fermeture à 30m/sol et se brise le bassin ainsi qu'une vertèbre. Heureusement pour lui cela lui est arrivé à proximité immédiate de Quixada et non dans les reliefs tourmentés et peu accessibles plus loin sur le parcours.
Seuls deux parapentistes dépassent le km 20, le hongrois Peter Tasil fera 240km, l'autre 51km. Chez les deltas, Patrick Collin assure, vol haut, mais il doit s'arrêter en début d'après midi à Poranga avec une énorme envie de pisser… son harnais avec système de cuissarde en T ne lui permettant pas de se soulager en vol, dommage! Celso est au km137, Eric Mathurin posé entre Madalena et Monsenor Tabosa au km 83 se rend au village le plus proche, mais le chauffeur ne le trouve pas. Ce n'est que lorsqu'il y retourne pour la troisième fois, le lendemain à 8h du matin, qu'il le récupère… il va donc rater la journée de Mercredi

Mercredi 16
"Ceara", un parapentiste brésilien est déjà en l'air lorsque nous prenons le petit déjeuner… il ne fera que 47km! Lorsque nous arrivons au décollage, le vent est fort, les parapentistes sont refroidis par l'accident de la veille. Nous sommes bientôt dans un trou bleu immense. Les premières matérialisations sont longues à venir, je décolle enfin à 10h55. Ca monte moyen: +3 puis +2 1500m, mais ça pousse fort 35km/h. J'assure au début, puis sur la plaine de Madalena je choisis de passer à gauche de l'immense trou bleu. L'option est bonne: je perds peu en transition ce qui est rare par ici, et j'arrive à assurer les plafonds de plus en plus haut. Mais le trou bleu s'élargit tellement qu'il me faut me résoudre à finalement m'y jeter par le travers sud de Madalena. Contre toute attente, je continue à bien transiter, de l'ordre de finesse 20. Je pense pouvoir rejoindre le premier cumulus à une trentaine de km devant moi. A mi distance, en plein dans le bleu, mon vario se met à chanter sans aucune turbulence, je n'ai aucun mal à centrer une superbe pompe à planeur: +4/2200. Je transite ensuite par les reliefs de Guia et d'Aguas Bellas et vai droit vers un monstrueux feu d'écobuage… je suis tendu, je sais que les feux donnent des ascendances extrèmements turbulentes… en bordure, au vent, j'enroule prudemment un +1,5, puis j'élargis mon virage pour y tremper le bout d'aile extérieur… ça tape, mais c'est contrôlable; au tour suivant, je prends de la vitesse et y vai franchement, une fois dedans, j'incline à fond et ne me laisse pas faire, mes évolutions ressemblent plus à des wingover qu'à des 360, mais le vario chante comme jamais encore, cramponné à ma speedbar je n'ai pas le temps de regarder la valeur affichée à l'écran, je me contente de garder l'aile inclinée et ne laisse pas chuter la vitesse. J'atteins les barbules à 2700, reste haut pour franchir la chaîne de montagne après Monsenor Tabosa où le GPS affiche parfois plus de 100km/h. La plaine de Nova Russa est franchie sans difficultés, mais le vent ne pousse plus autant. Un thermique pour franchir la marche du plateau de Poranga où après une courte prospection je trouve un formidable +5 avec des pointes à 7! Devant la piste qui va à Pedro Secondo est dans le bleu, je prends plus à droite où un "pont de barbules" se forme et je profite d'excellentes conditions sur plus de 30km navigant entre 2600 et 3200 pour aboutir au Nord de Pedro II. Devant, l'aérologie semble se calmer: une rue de nuage en déconfiture vers l'Ouest, quelques barbules en directions de Piri Piri. C'est cette direction que je choisi… les barbules font long feu, et je finis par enrouler une fumée qui donne un petit 2m/s régulier jusqu'à 2700. Il se fait tard, 16h50, dans 55 minutes il fera nuit. Barras est 60km devant à 24 de finesse, je mets le cap dessus, je transite à 22 pour le moment et à 60km/h de vitesse sol. Je sais par expérience qu'entre Piri Piri et Barras c'est la forêt à l'infini, j'ai le soleil dans les yeux, et de la brume qui réduit beaucoup la visibilité, les maisons et les champs se font rare, plus qu'une piste incertaine en latérite rouge qui serpente dans la forêt… continuer comme ça me semble trop hasardeux. A 17h, à 2100, je décide de dérouter vers le sud en direction de la route qui relie Piri Piri à Teresina, j'y avais repéré sur les cartes une petite ville; en général autour des villes il y a des champs. A 20h20, j'arrive sur ce bourg, Capitao dos Campos, à 1100m; effectivement il y a de nombreux champs, d'ailleurs ils déclenchent encore et le vario repasse à zéro. Je profite de mon altitude et du soleil couchant pour les osculter tous. J'en retiens un sur lequel paissent des bovins, à proximité de la route. Il me faut sortir les jambes et tirer pour descendre afin de ne pas me faire surprendre par la nuit. Me voilà en approche, dernier virage, finale au dragchute, hhm! Pas terrible, les bovins paissent entre des tiges de plus de 3 mètres de haut, genre noisetier, mais qui heureusement poussent individuellement à quelques mètres les unes des autres… ne pas se prendre les câbles ou la speedbar dedant… et on pousse à fond! L'aile parachute (un peu…)! Les tiges font matelas (un peu…)! Ouf, je n'aurais vraiment pas aimé poser là dedans en rigide! Goto Quixada: 333Km. 345 selon OLC. Lorsqu'à 17h je décidais d'arrêter ma progression vers l'Ouest, Brett et Thomas Brauner en parapente passaient Poranga, j'avais 120km d'avance sur eux, mais Thomas s'est posé à 18h15, soit une demie heure après le début de la nuit noire, au km 265… Celcu, deltiste de Brasilia pose au km 308.
Au décollage il y a eu quelques sketches: un parapentiste français qui se fait reculer, se retrouve sous le vent et réussit heureusement à contrôler sa trajectoire (probablement dans le tuyau)… un autre parapentiste français, sur une fermeture dissymétrique, fait un violent retour à la pente et se déboite l'épaule.

 Jeudi 17
Le vent est fort mais de NE en l'air. Chez les parapentistes, suite aux évènements de la veille le moral est au plus bas et rares sont ceux qui prennent la décision de voler. Francisco "Ceara" fidèle à son habitude décolle tôt alors que la force du vent est encore acceptable, il posera au km155. Vu le trop faible nombre de parapentistes ayant volé, leur manche n'est pas validée. Celcu et moi-même choisissons de nous accorder une journée de repos. Eric Mathurin emporte la manche en s'arrêtant au km218 à Poranga, le vent n'étant pas favorable pour continuer au delà. Françoise et le brésilien Thalis posent à Ararenda, km203 au pied du plateau, Patrick Collin est au km150.

 Vendredi 18, dernière manche
Dès le matin les conditions sont bonnes et le vent dans l'axe. Une grosse grappe de parapentiste part très tôt, Celcu Eric et Patrick peu après 9h. Pour ma part, je me contenterais d'un 300, aussi je retarde mon décollage dans le but de minimiser le risque de tas dans la plaine de Madalena. Les premiers compte rendus de position annoncent une journée canon: très rapidement les parapentistes de tête passent Madalena (km70)! Françoise ne décollera pas: ayant cassé un montant la veille, elle se rend compte lors du montage que celui qu'elle avait monté ne correspond pas à son aile, il est trop long d'une dizaine de cm… Lorsque je décolle à 10h, j'ai du mal à faire le plafond; ensuite j'assure bien la traversée du bassin de Quixada et me présente au plafond à l'entrée de la plaine de Madalena. Je choisi de cheminer plutôt à gauche comme lors de mon dernier vol, les matérialisations y sont présentes… hélas les ascendances ne sont pas au rendez-vous, j'avance de plus en plus bas, testant chaque déclencheur potentiel, rien… je finis par poser au km 48 dans un violent vent chaud de basse couche; je n'ai même pas de regret, c'est la lessive de fin d'un cycle, les matérialisations disparaissent toutes les unes après les autres… et le ciel ne se rallumera plus de la journée. Ca m'apprendra à être petit joueur! La grappe des premiers parapentistes ainsi que les premiers deltas à être partis ont bénéficiés d'un très bon cycle et ont traversé la fameuse plaine de Madalena très rapidement et sans trop de pertes.
Ce fut la journée à record: 10 parapentistes entre Poranga et le km 300, 4 audelà dont Petra Krausová qui établit le nouveau record mondial féminin à 302km et Diego Pires celui d'Amérique du Sud à 380km!
Les deltistes font triste mine: dans les montagnes après Monsenor Tabosa Celcu tire le secours suite à un tumbling avec une aile prêtée par Nene Rotor (pour ma part, j'avais rajouté 2 tours aux ballestrons et 4 au floatings du Combat que j'avais racheté à Mario…). Il s'en sort avec un ligament d'épaule déchiré et une entorse à la cheville. Eric Mathurin rate le record d'Amerique du sud: dans un bon tempo, il passe les 300 vers 15h, mais ne gère pas le chagement de rythme, néglige des varios faiblissants et pose à 15h20 au km316! Grrr… Quant à Patrick il échoue à Monsenor Tabosa.
Côté parapente il y a encore eu quelques sketches au décollage: 3 pilotes qui se font reculer sous le vent et un autre qui n'arrivant pas à progresser vent de face atterrit dans les arbres.

Bilan

Alors que la métopole était balayée par un cortège de dépressions préhivernales, nous avons presque tous battu nos records personnels, et Eric Mathurin gagne la compétition en delta.
Pour ma part, le bilan est excellent: 1559km de cross en 36h35 de vol. Les tracklogs peuvent être visualisés et téléchargés sur le site de OnLineContest:
http://www2.onlinecontest.org/holc/
puis cliquer sur Flexible Wing (FAI 1)
Pendant la semaine à Patu, notre groupe composé pour moitié de parapentiste a très bien fonctionné.
Notre préférence va d'ailleurs pour ce site: masses d'air plus homogènes, premiers 100km faciles, fins de vol non stressantes pour les atterros en delta contrairement à ceux au départ de Quixada où nous atteignons en fin d'après midi de vastes régions recouvertes presque exclusivement de forêt!

Budget

 Au cours de 1€ = 2,60 Réals:
Billet d'avion Paris Lisbonne Fortaleza AR transport delta inclus: 1050€
Nuit d'hotel à l'arrivée à Fortaleza: 13,50€

Récupe par journée de vol par pilote: 57€ (en fait si on vole bien, on ne vole qu'un jour sur deux; pour l'an prochain nous prévoyons 6 pilotes pour un véhicule pouvant en transporter 4, sachant qu'il y en aura chaque jour au moins deux qui choisiront de ne pas voler)
Poussada à Patu: 6,50€ par nuit, pdj inclus.

  Semaine de compétition à Quixada: 600US$ comprenant les récups, l'hotel, les PDJ et le transfert jusqu'à l'aéroport de Fortaleza (200km)
Manger au restaurant dans le Nordeste du Bresil coûte moins cher que se nourrir à domicile en France.
  Soit un budget total d'environ 2000€ pour un voyage Paris/Paris d'une vingtaine de jours dont 15 jours de vol libre sur place avec une météo fumante garantie jour après jour.

 
Unité
Cout/Unité
Cout €
AVION
 
 
1050,00
HOTEL ARR
 
 
13,50
RECUP
5
57,00
285,00
POUSSADA
8
6,50
52,00
COMPETITION
0,85
600,00
510,00
TOTAL
 
 
1910,50

Evidemment nous y retournerons l'an prochain !
Avis aux amateurs ...