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XCEARA 2006 (1 photo toutes les 5 secondes)

Compte-rendu de la XCeara 2006 au Brésil !

Voici le compte-rendu de Jacques Bott pour cette édition 2006 :

 Jeudi 2 Novembre
Voyage Orly Lisbonne Fortaleza par Air Portugal avec Raymond Caux, Fabien Agenes et Eric Mathurin. Sans mon intervention in extremis auprès de mon collègue Commandant de Bord du vol Lisbonne Fortaleza, nos 4 ailes n'auraient pas été chargées. Il faudra à l'avenir envisager leur transport par fret.

Vendredi 3
Après une nuit à l'hôtel Praia 2000, nous vérifions l'état de nos ailes: ouf, pas de casse au transport; le restant de la journée est utilisé à changer nos Euros pour des Réals et diverses menus achats.

Samedi 4
Nous partons à 6 heures du matin dans le Toyota Hilux flambant neuf de Gabriel pour Patu que nous atteignons peu avant midi où nous apprenons que Cécéu, un pilote professionnel de l'équipe de parapente de SOL sur place depuis 15 jours, a fait Jeudi un 360km de Patu à Nova Russa; todo bom…
Fabien et moi profitons de l'après midi pour faire un vol de vérification des réglages; ok, plafond 2800, mais le vent est de NE; ce n'est pas l'alizé d'ESE qu'il nous faut.
Le reste de l'équipe, Antoine Saraf, François Isoard, Patrick Collin et Brett notre ami parapentiste des USA, est arrivé la veille à Natal, mais les ailes de Patrick et Antoine sont arrivées avec 24h de retard.

Dimanche 5
L'équipe de Natal est arrivée la nuit avec le Pickup de Thalis, leur matinée est passée à reconditionner les ailes encore en pliage court pour le transport en avion.
Nous décollons, Fabien, Eric, Raymond et moi vers 9h45 dans une bonne masse d'air, plafond 1400, vent ESE 15km/h. Nous traversons les 90 premiers km de plaine assez facilement au début, puis avec des points bas en deuxième moitié dans un vent faiblissant à 10km/h, mais refaisons le plafond pour franchir la chaîne montagneuse Nord Sud qui délimite la vallée du fleuve Jaguaribe. Nous sommes décalés au sud de l'axe de récup et notre trajectoire nous positionne au sud de l'immense lac artificiel, obstacle aérologique majeur. Comme nous nous y attendions, les conditions se détériorent et Fabien en est la première victime au km 115. Nous nous refaisons et reprenons la progression vers l'Ouest mais, déconcertés nous rencontrons 15km de vent de NW! Du jamais vu en 7 ans de Ceara en Novembre. Motivés pour un 400 nous décidons de stopper le vol à 13h30 et déroutons vers la ville à 15km au sud pour faciliter la récup afin de rentrer tôt et préserver ainsi la journée du lendemain.
La récup ne fut pas aussi efficace que prévu, mais c'est une autre histoire…

Lundi 6
Ciel médiocre dès le matin, et vent encore de NE. Une voiture partira vers la grande ville la plus proche, Mossoro pour réparer des micros et écouteurs et retirer du cash pour ceux qui n'en n'avaient pas assez prévu. Les pilotes arrivés par Natal voleront en local avec peu de succès, le site de Patu n'étant pas favorable pour cette direction de vent (travers gauche).

Mardi 7
La masse d'air est meilleur, mais le vent toujours de NE. Nous retrouvons au décollage Chico et plusieurs pilotes de delta brésiliens qui défrichent l'itinéraire du futur rallye delta de 2007.
Décollage 11h20, Fabien et Antoine sont déjà partis depuis un moment, mais il m'a fallu attendre un cycle thermique car le site n'est absolument pas alimenté par le NE. Je vire sans doute du mauvais côté car ça "dégueule" immédiatement tant et si bien que je me retrouve très rapidement en point bas à moins de 100m/sol harnais ouvert en survie dans un zéro pas très positif… en me laissant dériver le vario devient globalement positif, puis je finis par remonter dans un bon +2 qui dérive carrément plein sud, ouf… François n'aura pas cette chance… J'essaie de remonter au vent mais n'arrive pas à faire le plafond, puis je perd à chaque transition plus d'altitude que je n'en gagne et me voilà bientôt en étape de base pour un champs au fond d'une cuvette. Il n'est pas très long et pensant passer la clôture trop haut en finale je tire le dragchute lorsque j'engage le dernier virage. Erreur! J'ai beau tirer pour garder de la vitesse, je ne sortirai jamais de ce dernier virage, m'enfonçant avec un badin comateux et une aile qui ne répond plus à mes sollicitations… Un dernier poussé final désespéré me permet juste de me vautrer 50cm avant la clôture que je craignais initialement de passer trop haut… Ouf, le pire est évité, je m'en tire avec 2 montants cassés et quelques contusions. Mais en changeant les montants je découvre que le boulon qui joint les têtes des montants à la quille est tordu de chaque côté à 45° et qu'elle a été fortement ponctionnée par ces dernières. Bilan: une quille à changer, aile inutilisable pendant une semaine cause aléas de livraison de la pièce de rechange…
Conclusion: ne plus jamais tirer le dragchute en virage près du sol!
Vu la direction du vent, en arrivant à Ema au bout de la plaine Fabien décide de tenter un triangle de 225km, mais il s'arrêtera dans la dernière branche à 65km du but à Pau dos Ferros, les varios faiblissant ne permettant plus de remonter le vent. Antoine le suit en coupant un peu dans les points de virage. Suite à une mauvaise transition Raymond pose dans un grand champ au bord de la route au km 56.

Mercredi 8
Le vent est toujours de NE, Fabien tire plus au Nord dans la plaine puis à Potiretama décide de tenter un triangle de 186km avec comme deuxième point de virage Pau dos Ferros, moins au sud que la veille, mais il échouera pour les même raisons à 49km du but. Eric fait de même en coupant un peu dans les coins, et Patrick fait dans l'autre sens le trajet qui manquait à Fabien pour boucler.

Jeudi 9
La météo prévoit encore du NE pour les 3 prochains jours aussi décidons nous de déménager à Quixada où j'avais ouvert une voie prometteuse vers le SW il y a 2 ans.
Patu m'avait entousiasmé l'an dernier par son axe de récup Est-Ouest bien plus rapide qu'à Quixada et par le survol de terrains "vachables" jusqu'au km 500 contrairement à Quixada où audelà du km 300 on survole un océan de forêt avec très peu d'opportunités d'atterrissage. Mais le vent n'était pas au rendez-vous cette année. A l'avenir il nous faudra y envisager des allers-retours et des triangles mieux construits, évitant les retours vent de face en fin de journée, et défricher un axe vers le SW. Nous apprendrons plus tard que l'équipe de parapente de SOL l'a fait deux jours après notre départ en y réalisant un vol de 340km avec essentiellement des routes asphaltées pour la récup, contrairement à ce que nous avait laissé penser Gabriel dont l'intérêt était de faire le moins de km vu qu'il était payé au forfait…

Vendredi 8
Entraînement sur l'axe est-ouest au départ de Quixada avec encore une composante de vent travers droit

Samedi 9
Le vent est franchement NE, entraînement sur l'axe vers le SW. François a du mal a faire le plafond avant la traversée du relief entre Pedra Branca et Boa Vista et va se poser au km 90. Antoine le passe et pose peu avant Taua.

Dimanche 10
Ma quille de rechange est arrivée à l'aéroport de Fortaleza, mais les comptoirs de Varilog sont fermés le Dimanche… Dan, un pilote Brésilien me propose de voler avec sa Litespeed 3.5. J'en profite pour essayer cette aile pendant la manche de gala avec but à 45km: une fazenda au delà de Quixeramobin où est organisé un dîner.
J'ai beaucoup de plaisir à revoler après 4 jours cloué au sol, mais le comportement de la Litespeed est à l'opposé de celui de mon Combat 13L: beaucoup trop stable à mon goût, dur a faire virer vers le thermique. Le Combat, extrêmement maniable, convient beaucoup mieux à ma façon de voler.

Lundi 11
Pendant que je vais chercher ma nouvelle quille à Fortaleza, le vent étant toujours NE, la première manche est lancée sur l'axe SW. Mais au bout d'une heure de vol le vent passe progressivement à l'Est et les pilotes ont beaucoup de mal à progresser en raison du vent devenu travers gauche.
Eric tombe peu après Quixeramobin, , Patrick progresse sous le vent de l'axe et après plusieurs points bas successifs se pose au km 152 en excès de confiance: virage trop près du sol, il se fait mal au poignet droit ce qui l'empêchera de voler pendant 3 jours. Fabien et Raymond posent peu avant Taua aux km 164 & 158.

Mardi 12
Bon vent d'E 25 localement 35km/h, joli ciel, pas de doute, c'est une journée à plus de 300.
Je décolle vers 9h30, peu après Fabien, Eric, Raymond et Antoine. Pas de problème pour traverser la plaine de Madalena, mais après, au lieu de m'appuyer sur les reliefs à droite de Guia et Aguas Belas, je me laisse attirer par un cumulus qui se défait lorsque j'arrive en dessous, ensuite je suis décalé à gauche de l'axe et le plateau avant Monsenhor Tabosa est balayé par un fort vent avec composante NE. En prise de terrain sur l'unique champ posable dans un rayon de 5km, un violent thermique me "pète à la gueule"! remise des gaz mais ça dérive vers un no mans land, j'abandonne par sécurité et me pose finalement dans le champs au km 111 à midi 9km avant Mosenhor Tabosa. Même pas un regret: je ne casse rien, ne me blesse pas, dans un terrain dont je découvre en courte finale qu'il ressemble à un champ de mine: nombreux talus de plus d'un mètre cinquante de haut, arbustes, épineux, ânes, etc…
A Pedro Secundo, au km 280, Antoine découvre l'océan de forêt à l'Ouest et préfère s'arrêter…
Raymond et Fabien profitent du plafond à 2900 pour continuer sans se mettre en danger et posent respectivement au km 345 et 343 vers 16h sous un voile de cirrus dans les rares espaces permettant un atterrissage, alors que le soleil ne se couche ici qu'à 18h…
François pose au km 128 peu après Monsenhor Tabosa. Eric est victime de la traître aérologie de la plaine de Madalena.


Mercredi 13
Vent ESE 25, joli ciel, encore une journée à plus de 300 (-:
Eric décolle le premier à 9h, je le suis à 9h25. Comme d'habitude sur la pointe des pieds dans le bassin de Quixada pour aborder la plaine de Madalena au plus haut, m'appuyant sur les reliefs à gauche du verrou de Custodio, et évitant ensuite l'immense trou bleu par la gauche encore. Ensuite je prends cette fois ci appui sur le relief à droite de Guia, y soigne le plafond, 2000 à 11h30, puis 2200 au prochain thermique par le travers d'Aguas Belas et suis ainsi en bonne condition pour aborder le plateau de Monsenhor Tabosa souvent balayé par des vents traversiers et où il ne faut pas oublier de retrancher 700m à l'alti pour bien gérer son vol. Je survole avec plaisir mon champ de la veille à 2100, et il me coûte encore 700m de perte d'altitude pour atteindre un thermique mou sur la ville. Je me laisse ainsi dériver vers la montagne encore dans le bleu, mais les fumées au sol m'indiquent déjà qu'elle "s'allume". Une fois sur le relief, effectivement ça cogne, des nuelles se forment, le vent se renforce et j'arrive au plafond dans 40km/h de dérive sous un cumulus plein de santé à 2500. La rue de nuage que je suis ensuite pour quitter le relief est décevante, mais me permet quand même de progresser à 18 de finesse jusqu'à atteindre la plaine de Nova Russa. Là par contre la transition se dégrade franchement et je perd tout mon potentiel d'altitude en quelques minutes, craignant que mon vole ne se termine d'une manière si abrupte. Heureusement ça repart à environ 200m/sol! C'est un bon thermique de plaine, bien mature, qui me remonte directement au plafond à 2700 à plus de 3m/s de moyenne ouf! Mais que de temps perdu, j'entends Brett en parapente qui me talonne depuis Madalena, il a transité plus décalé et a pu traverser la plaine sans même enrouler; par contre la zone de dégueulante que je viens de traverser a mis François Boisis au tas en parapente. Après Nova Russa où je me fais encore bien "dégueuler" je me contente de thermiques médiocre pour refaire le plafond car j'attends beaucoup du plateau de Poranga que je laisse bien à gauche. Sans surprise en passant la marche d'escalier, pas trop haut, un bon 2,5 me remonte à 2600. Sur le plateau ça transite bien, mais ça remonte doucement et il me faut m'en contenter sans être capable de refaire le plafond car en dessous ce n'est qu'un immense no mans land genre paysage de western, mais quoique écarté à droite, je reste en finesse de l'axe de récup. Ce n'est qu'en arrivant sur les falaises qui ceinturent Pedro II que je trouve un bon vario qui me remonte au plafond. A 3100 au dessus de la ville à 15h, je sais que je suis dans un bon timing et décide de prendre le cap direct sur Barras, laissant Piri Piri sur la droite. Je refais 3200 par le travers de Piri Piri et devant moi, des fumées qui convergent ainsi que quelques cumulus isolés au loin me rendent optimiste. Ca transite super bien, 26 de finesse à 85km/h de vitesse sol sur plus de 10km. Mais en passant la route qui relie Teresinia à Piri Piri, ça se met à chuter et ça va durer ainsi sur presque 20km, survolant des fumées qui ne montent plus, les cumulus disparaissant devant… me voilà déjà à 800m/sol au dessus d'un hameau avec deux terrains qui semblent posables, j'y rencontre un 0,5 mou que j'enroule tout en cherchant un prochain terrain posable plus vers l'ouest, mais je ne vois que quelques clairières douteuses dans un océan infini de forêt… la dérive m'éloigne de mon hameau, le thermique devient anémique, je jette l'éponge et reviens face au vent pour me poser. Il est 16h! je suis au km 340… dix minute après je vois la fumée qui ne montait plus auparavant transformée maintenant en une énorme colonne coiffée d'un beau cumulus à base bien plate à plus de 3000… Une heure plus tard, Thalis me passe haut au dessus et rejoint Eric posé à Barras au km 373… et trois quarts d'heure encore après, c'est au tour de Brett qui va poser au km 363 en parapente… )-:
François posera à Piri Piri (319km), épuisé par un harnais douloureux.
Fabien et Antoine se sont arrêtés tôt à Madalena, pas encore remis de leurs 300 de la veille.
Raymond n'a pas été récupéré la veille et passe la journée sur la route…

Jeudi 14
Le ciel est chargé à 7/8, vent d'Est. Personne ne se presse pour partir, en attente d'une amélioration, des parapentes sont scotchés sur le pain de sucre. Des cycles permettent de faire le plafond et petit à petit des pilotes partent à l'aventure. Je décolle à mon tour vers11h35. patiemment je fais le plafond, 1400 tout en dérivant. Le jeu consiste ensuite à se décaler pour essayer de tomber dans le prochain thermique qui dérive. Des matérialisations plus grises permettent de les localiser. Il faut beaucoup de patience et essayer de faire le plafond. A ce petit jeu je me retrouve décalé sur le relief à gauche de Custodio, comme bien souvent. Après le venturi de Custodio, le flux est divergent et c'est la zone des vastes dégueulantes. Je reste sur le relief dans l'espoir de l'éviter, mais il ne donne pas et je me trouve bientôt contraint de basculer dans cette zone. Contre toute attente, je trouve immédiatement une zone qui bouillonne avec des zéros parfois positifs. Je m'y accroche avec forte volonté de profiter des moindre mètres gagnés. Bientôt des vautours zonent en dessous de moi. Ils m'aident à me recentrer, lutter contre la dérive, et je finis par monter, lentement. Lorsque j'ai récupéré 150m d'altitude j'aperçois des barbules se former au milieu du passage un peu en aval du vent. Mon 0,4 intégré se met à dériver dans leur direction, bon signe, ne pas prendre feu, ovaliser en direction des barbules. Et ça marche! +1,6, un petit cumulus gris à base bien plate se forme au dessus de moi, et me voilà au plafond à 1600! Il n'y a plus grand monde en l'air, le petit cumulus a bientôt des petits frères en direction de Madalena et me voilà parti vers eux. Après avoir perdu un peu d'altitude je me rend compte que plus loin il n'y a strictement plus aucune matérialisation dans un ciel uniformément gris. Par contre un ligne de cumulus se forme à gauche de l'axe. Changement de cap. Je traverse ainsi prudemment la plaine de Madalena sans encombre, à l'anglaise avec des varios à 0,6 en moyenne et un vent dans l'axe de 15 à 20 km/h, navigant entre 500 et 1000m/sol. Devant moi, la partie tourmentée du parcours de Madalena à Monsenhor Tabosa… je me demande s'il est raisonnable de s'y engager avec des conditions si faibles et si peu de plafond… Je prends tout ce que je trouve, me laissant même le temps de dériver dans des zéros. Le bilan est positif: je gagne plus d'altitude que je n'en perd en transition. Je suis maintenant assez haut pour m'engager sur le flanc est du relief au Nord de Guia et le thermique est au rendez-vous: +1,7 et presque 1900! Bonne transition et je soigne le plafond juste au Nord d'Aguas Belas, avant d'aborder le plateau. Un cumulus m'attire de l'autre côté de la vallée qui monte au plateau. Erreur, j'y arrive en fin de cycle! Je reviens sur mon axe initial et aborde le plateau à 400m/sol ce qui me paraît bien insuffisant vu la nature du terrain survolé: de la garrigue sans zone vachable! Je suis tellement stressé que j'enroule un zéro négatif et préfère le garder en dérivant en espérant qu'il devienne positif. Après avoir ainsi perdu 100 mètres d'altitude je me décide à tirer tout droit vers un lac artificiel qui je l'espère va déclencher, dans le cas contraire je devrais pouvoir le traverser et poser dans le champ que j'aperçois sur l'autre rive. La transition se passe bien, heureusement… sur le lac ça déclenche effectivement, mais assez turbulent, le vario bipant, puis plongeant dans le négatif plusieurs fois par tour! Le bilan est à peine positif mais la dérive m'amène vers une zone plus hospitalière. Il me faut plusieurs fois me recentrer ou me décaler pour éviter de tomber. Je passe ainsi Monsenhor Tabosa en survie, et là heureusement, le vario se cale sur un bon 1m/s et 400 mètres plus haut me permet de tenter de me décaler vers le relief où se forme les premières barbules après le "trou gris" que je viens de traverser. Le thermique est au rendez-vous, +1,6 ouf!… Je caracole bientôt au plafond à 2100. Ensuite la route est tracée, il faut se décaler vers le Nord où se trouvent les uniques cumulus gris. Mais si le premier donne encore un petit mètre, le suivant est mort et c'est un petit étranglement topographique qui me fournira le prochain relais qui me remontera lentement de 1300 à 2000. Il est 16h, toute la plaine est dans le gris, les glides sont bons et 2 autre thermiques me permettent de passer 5km au Nord de Nova Russa. Je renonce à m'engager dans le no mans land vers le plateau de Poranga et préfère faire demi tour vent de face pour poser près de la ville en vue d'un retour rapide pour préserver la journée du lendemain, attiré par un immense champs. Lorsque je le survol je constate avec horreur qu'il est couvert de souches calcinées d'environ un mètre de hauteur! Il me reste l'option d'un petit champ adjacent, grand comme un terrain de tennis et demi, heureusement dégagé d'obstacles en approche. Fort de ma mauvaise expérience de la semaine passée, je choisi de l'aborder en finale à basse altitude et grande vitesse, lâchant le dragchute juste à son entrée: impeccable, je n'utilise que la moitié de la longueur disponible. (-:
185km d'une grande intensité qui m'en ont autant appris sur Ceara que les 6 dernières années réunies!
Personne d'autre n'a dépassé Madalena.

Vendredi 15
Vent ESE 25, décollage 9h45, environ une demi heure après la majorité des deltas, avec beaucoup d'ombre, mais la pompe de service est au rendez-vous: +2,5. Cependant elle plafonne à un peu plus de 1000m. Je me ravance bien devant le déco et enroule un +1 dans lequel je me laisse dériver. C'est ainsi que je pars, il tiendra jusqu'à 1400. Puis c'est la même tactique prudente jusqu'à la plaine de Madalena: rester haut, se laisser dériver dans les vario faibles même avec de l'altitude, cheminer judicieusement sous les matérialisation. Passé la zone de diffluence sous le vent du goulet de Custodio, changement de rythme: je choisi de contourner le trou bleu de la plaine de Madalena par la gauche, et les conditions généreuses me fournissent une succession de +2 bien balisés et rapprochés plafonnant à 1800. Travers sud de Madalena une subite mauvaise transition me met sur la défensive… Le prochain thermique est bien plus loin, mal organisé, et ne dépasse pas 1500. Devant, changement de décor: le terrain tourmenté qui mène à Monsenhor Tabosa n'est plus qu'orné que par de très rares matérialisations. Mauvaises transitions, thermiques élusifs, me voici bientôt dans les basses couches espérant un thermique qui me permettrait d'accrocher le flanc Est du relief au Nord de Guia. Sur la radio, j'entends le groupe de tête dont les pilotes tombent les uns après les autres une vingtaine de km devant moi. Bientôt je survole à basse altitude un champ posable qui ne me plait pas trop en raison de sa pente descendante lorsque le thermique espéré m'explose à la figure. Je mets toute mon énergie pour tenter de ne pas me faire éjecter, c'est la guerre, le vario passe d'une extrême à l'autre, de plus la dérive est très forte et tout d'un coup, plus rien… la bulle est passée, plus de champ posable sous moi ni vers l'ouest, il me faut revenir dans un fort vent de face et alors que je craignais un mauvais atterrissage en raison de la pente du terrain, j'atterris en douceur sur la pointe des pieds, façon hélicoptère, dans un vent de Sud-Est de 40 à 50 km/h. Nous avons été victime de l'invasion d'une masse d'air très chaude et très sèche en provenance du Sud. Je préviens aussitôt Patrick qui s'annonce à Madalena: en bétonnant, assurant bien les plafonds et transitant plus au Nord il sera le seul delta à passer et malgré son poignet encore douloureux qui l'empêche d'étarquer l'overdrive il posera le soir après Piri Piri au km 323!

Le Bilan ....

Si la première semaine a été décevante en raison du vent de NE, la deuxième a tenu ses promesses: sur 5 jours, 3 journées à plus de 300km dont une avec un potentiel à 400 et deux journées à 200. Elle permet à tous les pilotes de l'équipe de revenir avec un vol de plus de 300 (mis à part Antoine qui s'est laissé impressionnés par l'océan de forêt après le km 280) et d'améliorer leur record personnel (sauf moi). Cette année il y avait également un classement selon le GAP valable pour le classement mondial FAI et c'est Fabien qui l'emporte.
A noter que les 3 premiers parapentistes font mieux que le meilleur deltiste… mais il faut dire que nous avons été assez maladroits, ne profitant chacun que d'une seule journée à 300 et par ailleurs les fins de vol au dessus de la forêt sont un réel handicap pour les deltas, les parapentes se contentant de bien peu pour poser ils en profitent jusqu'au derniers mètres d'altitude alors qu'en delta, il faut anticiper encore en altitude le choix d'un terrain posable dans l'océan de forêt qui s'étend après le km 280.

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