Le coin des rigides 

 Petite nouveauté pour ce printemps 2004, le site offre aux pilotes d'ailes rigides un espace d'opinion, dans lequel chacun pourra donner ses impressions, ses adresses, bref ,c'est ouvert à vos idées.

 Pour le moment adressez-moi un mail avec texte et éventuellement photos ; Si vous devenez nombreux à agir sur cet espace, je mettrai un forum spécifique dédié aux ailes rigides :  Atos, Swift, etc....

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 Rigides :

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Texte de Patrick Bouillet (25/03/2004)

La découverte du rigide

Rigide : tu te réveilles d'un autre monde ! (récit des premiers « pas » d'un deltiste Nantais ex-Faouiste sur Exxtacy) Volant depuis 1995 sous l'ex-aile de Philippe Marzlin, j'avais décidé en 2001 de changer de machine : la XS 155 Race après plus de 10 ans de bons et loyaux services commençait à montrer des signes de fatigue et puis j'en avais un peu marre de me faire « taper » en transition par les petits copains. Lors d'un stage « Métamorphose » d'Alain Chauvet en août à Laragne (que je recommande à tout deltiste qui souhaite réellement « sortir du bocal »), je cherchais activement une bonne occaze. Elle se présenta sous forme d'un grand Exxtacy de 1998. Révision de l'engin à Grenoble, Mistral, chocottes, il me fut impossible d'essayer la machine cette année là. Août 2002, retour à Laragne, bien décidé à voler sous mon nouveau jouet mais avec toujours une forte appréhension malgré les assurances de Loïc (Directeur de l'école parapente du Club Celtique de Vol libre mais qui vole toujours en delta) qui venait de prendre en main son Ixbo à Kervigen (cécomundeltaméenmieu). 
Pour mon premier vol, je décidais d'assurer en contactant Bernard Kurtz qui m'avait formé en 1992 à Saint Hilaire et qui depuis à rejoint ce merveilleux terrain de jeu des Alpes du Sud. (C'est le seul endroit en France que je connaisse où l'on voit plus de 50 deltas sur un déco !). Rendez-vous est donné à 10 h à Aspres « la Longeanne », décollage des antennes 1400m. Atterrissage du site, l'aérodrome du Chevalet : rassurant on peut y poser un petit Boeing ! 700 m de dénivelé, même pour un plouf, ça laisse le temps de voir comment se comporte la bête. 
Montage de l'engin : facile et réalisé en 30 mn. Il faut seulement faire attention aux volets et spoilers en carbone donc fragile et donner un peu d'huile de coude car mon Exxtacy n'est pas doté d'étarqueur de canne (très physique). Une fois monté l'engin a belle allure, la toile tendue sur les nervures donne un joli son de tambour. Sur les épaules, il faut quand même reconnaître que c'est plutôt une aile d'homme : 48 kg. Je rassure ceux qui seraient tentés par l'aventure, les rigides plus récents ont sérieusement maigri pour ne peser que 35 kg (soit le poids d'un Delta sans mat standard). Bon, c'est pas le tout, mais va falloir y aller (je fais de l'huile). Des élèves de Bernard sont déjà en l 'air et malgré l'heure matinale pour ce site qui est plutôt un site de l' après midi, ça tient sans problème à hauteur de la crête voire même au-dessus. Je m'approche de la cassure avec les genoux qui flageolent (le poids ? la trouille ?). Prévol d'usage, bien accroché, 15° de volets (à surtout ne pas oublier à moins de s'appeler Ben Johnson). L'aile est bien équilibrée sur les épaules et se cale naturellement dans l'écoulement des 10 km/h de vent de face. 
Une grande respiration, le palpitant à 120, l'oil fixé sur l'horizon et qui y restera (le meilleur « truc » pour gérer son incidence de décollage). J'entends la voix calme de Bernard : « Ok, quand tu veux, décollage, décollage ». Mise en mouvement tranquille comme on m'a appris, un pas (l'aile vole toute seule), 2ème pas (elle me prend en charge), 3ème pas (pour la forme car je suis déjà en l'air). Pas le temps de se poser de question, je ferme le harnais et me dirige vers les petits copains qui font mieux que tenir à présent. Une première remarque, la mise en virage est tranquille et sans effort puisque ce sont les spoilers qui travaillent. Inutile d'essayer de « guidonner », ça ne sert à rien. La gestuelle est presque la même qu'en souple, tirer (doucement), décentrer le trapèze (pas le corps donc pas d'effort), cadencer en poussant. Un gros changement par rapport à l'XS, ou j'avais en permanence l'impression de faire de la manut'. Arrivé sous la mini-grappe des copains, accélération des filets d'air, le vario fait Bipbip 2-3m/s intégré (chouette). Coup d' oil au badin, 50 km/h. ooooooh, bijou. Je fais comme on m'a dit, conditions moyennes, tu enroules à 30/40 km/h pas plus. Je pousse, recentre le thermique, bien large et pas trop turbulent. Un p'tit coup d' oil au dessus, les copains se rapprochent vite. Pas trop sûr de leur connaissance des priorités, je préfère élargir et faire l'extérieur. En un tour et demi, je passe au dessus. 
Ca vole vachement bien ce machin ! 10 mn après me voici aux barbules à 2700 m QNH. Coup de radio à Bernard. « Euh, dis, c'est pas un peu bête de perdre tout ce gaz pour aller directement au terrain ? - Si tu es bien, continue ton vol et profite ! - Bon, ben je vais aller faire un tour jusqu'à l'Aiguille (transition de 8/10 km) même si je ne raccroche pas, je serais toujours en local » Je lâche les volets, la barre recule, la bête change d'incidence et accélère toute seule, 50 km/h au badin, -0,5m/s au vario, oulalah ! Allez je me risque, je tire un peu, (la vitesse augmente rapidement), 60,70, beaucoup 80, 90 km/h et l'aile reste parfaitement en ligne pas le moindre mouvement parasite ni roulis hollandais, vraiment très rassurant. Le rappel au neutre est faible, présent puis à nouveau faible tout en restant perceptible. Par contre à ces vitesses là le vario se casse la figure (-2, -3m/s). Cependant en cas de coup dur ou de gros cum aspirateur, c'est un facteur de sécurité évident. En moins de 10 mn la transition est achevée et j'arrive très au dessus de la crête. Je repère des planeurs qui enroule plus à l'Ouest et je me rapproche d'eux, nous refaisons ensemble le plein. Coup de radio : « Bernard, je vais tenter de rentrer à l'attero du camping de Laragne (30 km) par le chemin classique. - Ok, bon vol. Ca ira pour l'attero ? - Faudra bien. Au pire, je poserais sur les roulettes. - Un de mes élèves te suit. mais à distance. - Ok, pas de problème, je le vois. (il vole sous un F1 Evo)» C'est reparti pour une nouvelle transition, je passe le verrou de Serres et sa vallée imposable, survole la ville et raccroche sans problème le Nord de la crête de Beaumont et sa carrière qui m'a déjà servi de nombreuses fois de pompe de service. Un plein pour assurer. La journée avance et les conditions sont de plus en plus fortes avec des pétards en instantané de +10, +12m/s et des plafonds qui grimperont jusqu'à 3 200 m. L'élève de Bernard arrive en fin de cycle et très bas dans la pompe, il se posera à côté de Serre. 
Premier Cross, première vache et 30 km au compteur, il était déjà très content. Constat, comme la structure ne se déforme pas à l'inverse du souple, on ressent beaucoup plus l'aérologie. Il n'est pas rare de se retrouver en apesanteur dans le harnais ! Très désagréable au début, mais on se fait à tout. Autre constat, comme la mise en virage ne réclame aucun effort, après 2 h et ½ de vol, je suis frais comme l'oil, même si le stress a « bouffé » déjà pas mal d'énergie. Nouvelle transition, crête Sud de Beaumont, je néglige le plein et file jusqu'à la Montagne de Garde pour un nouveau plein. Les balises m' indiquent que le vent est toujours léger (10 km/h) et Sud (donc de face). Je retrouve des compétiteurs du National Allemand partis de Chabres (décollage de Laragne) plus au sud et filent vers le Nord vers le Pic de Bure via les reliefs que je viens de survoler. Nouvelle transition (12 km) « à contre courant » et je me retrouve dans une grappe de furieux au dessus du déco. Bien que très rassuré sur le comportement de la machine par les 3 h ½ de vol déjà engrangés, je préfère m'éloigner en longeant la montagne de Chabre vers l'Ouest jusqu'au Col Saint Jean. Le chemin étant pavé de bon gros cum (pas trop noir), l'aller et retour se fait sans problème et rajoute 30 km au compteur. Bon, plus de 4 h de vol, il va falloir songer à rentrer avant que les Teutons furieux saturent le ciel de l'attero. Je connais bien ce terrain, décide de ne prendre aucun risque et de me poser sur les roulettes. Le stress remonte d'un cran, je tire à fond les volets. L'aile se cabre un peu et la finesse se dégrade très très nettement. En fait, cela me fait l' effet d'avoir tiré le Drag Chute. Certains l'utilisent d'ailleurs en plus des volets. Je n'imagine même pas le taux de chute ! Je choisis une PTU, avec une branche arrière très haute, ce qui va me permettre de gérer mon point d'aboutissement en agissant sur la barre (comme avec un drag on vous dit !). Alignement, point d'aboutissement au milieu de ce terrain (très grand . tant pis pour la marche), prise de vitesse (sécurité), arrondi, palier, les pieds commencent à toucher, puis les roulettes, je m'arrête en 3 m. Bon, ben la prochain fois, j'atterrirais sur les pieds. La vitesse d' atterrissage est inférieure à celle d'un delta classique et l'on sent très nettement le bon moment pour le poussé final. Il est cependant préférable d'accompagner de quelques pas le posé si l'on n'est pas à l'aise, surtout que le poids de la machine au sol se fait très rapidement sentir et que les montants non renforcés jouent très bien leur rôle de fusible (c'est du vécu). 
En conclusion, 1er vol, 4 h 30, 75 km, pas de bobo que du bonheur. Le poids de l'aile n'est absolument pas perceptible en l'air. La mise en virage est un peu plus lente qu'avec un souple mais sans excès. Même si l' Exxtacy préfère moyenner, il est possible de lui donner beaucoup d'angle pour noyauter des pétards teigneux, la vitesse augmente alors (il m'est arrivé de thermiquer à près de 55 km/h !). La vitesse de finesse max (17) se situe aux alentours de 65/70 km/h et le taux de chute mini est de 0,7m/s vers 45 km/h. Avec ces engins, l'usage d'un harnais adéquat est impératif ! Mon vieux Keller intégral faisait ainsi une très jolie ancre volante ! Pour les deltistes, venez au rigide, la prise en main est évidente, même si être accompagné pour un premier vol est toujours préférable. (le marché de l' occasion permet d'y avoir accès à des prix raisonnables).
Pour les parapentistes, venez essayer ces merveilleux engins qui marquent à mon sens le renouveau du Delta et qui agrandissent vraiment le domaine de vol avec une logistique supportable. Patrick Bouillet

Après une première année de prise en main : la révélation

430 bornes en 6 jours : de la CFD en stage, pour une métamorphose, c'est une transformation ! Volant depuis 1992, breveté en 1995, j'avais mis à profit la proximité du Menez-Hom et des sites du Finistère pour vole(te)r régulièrement depuis cette date. Malheureusement, mon manque de pratique associée à la difficulté de concilier obligations professionnelles et bonnes conditions en Bretagne, ne m'avait pas permis d'aller au delà de « crossinets » de 40 km. C'est donc tout naturellement que chaque été depuis 1998, je me rendais une semaine en pèlerinage à la Mecque (du Delta), pardon à Laragne Montéglin, pour y entendre la bonne parole d'Alain Chauvet. 
C'est également dans ce lieu béni des pompes, que je rencontrais 6 autres pèlerins tout droit venus du nord, 5 de Belgique et 1 de Lille. Avec Pierre, Jean Marc, Jean Claude, Bernard, Nono et Yves, années après années, nous apprenions, au cours des prêches « Métamorphose », à observer le ciel, la terre, les oiseaux, chasser les Cums, gérer le stress des basses couches, choisir les (bonnes) vaches (près d'une route et pas loin d'un bar - sisi, cela améliore les récups) , bref, sortir du bocal. De la théorie à la pratique, Alain nous accompagnait dans notre démarche initiatique. Tel le bon pasteur, il allait rechercher la brebis égarée allant s'enterrer irrémédiablement, la replaçant dans la bonne pompe tout en gardant un oil attentif sur la bande de furieux restée, au mieux, sagement au plafond, au pire égaillée sur 30 km2 à des altitudes diverses et variées. C'est avec lui que nous apprîmes la joie et l'efficacité du vol en groupe, le bonheur d'un circuit réussi ou le soulagement d'une récup' sans galère et la nécessité d'un bon debriefing accompagné comme il se doit d'une bière ou d'un coup de rosé. En somme, avec Chauvet, on s'éclate avant, pendant et après le vol. En cet été de grâce 2003, je me réjouissais donc tout naturellement de retrouver la bande de joyeux compères (alléï) pour bouffer du kilomètre surtout que 5 d'entre nous avaient cassé la tirelire pour s'offrir des machines plus performantes (les 2 Jean Litespeed, Pierre MR700, Bernard Milan et moi-même Exxtacy), les deux derniers faisant confiance à leurs chers beauprés (Pamir et Astir). La météo nous annonce une semaine d'enfer et les deltistes déjà présents sur le site se font l'écho de plafonds monstrueux à plus de 4000 m dans les jours précédents. 
Dimanche 3 août : Début des hostilités. Après avoir retrouvé avec bonheur les dust du déco Sud de Chabre (merci Alain pour nos épaules de préférer désormais le déco dit « les fainéants » pour point de départ - les habitués compatiront), Alain nous briefe en fonction de la météo. Un circuit quadrilatère de 90 km pouvant dépasser les 100 km pour les moins fatigués est retenu. Décollage, nous nous retrouvons à 6 (+ Alain) au plafond à 3 200 m au dessus du déco. (Nono n'ayant pu accrocher la pompe à Frantz, il suivra malheureusement notre vol de l'atterro Sud). Début du circuit, Montagne de la Garde, Beaumont, Serre de la Bouisse, longue transition jusqu'à Aujour, Crête des Selles puis traversée de l'entrée de la vallée de Tallard pour raccrocher la Tête de Boursier. Nous négligeons la Malaupe pour filer directement sur la Montagne de Jouere avec le survol de la base planeur de la Motte du Caire. Nous raccrochons tous assez bas et à la limite de la crête (bouh : la ligne à haute tension en contrebas nous motive si besoin était). Jamais notre stage n'avait été autant au Sud Est. Yves et Jean Claude sont un peu à la traîne mais ils s'accrochent les teigneux, Bernard est distancé et fera une erreur de navigation magistrale qui le mènera au delà de l'aérodrome de Tallard ! (plein Nord, alors que l 'atterro est plein Ouest !?). La voie du retour s'ouvre à nous par le Trainon et la Montagne de Gache. Alain nous invite à poursuivre par le survol de Sisteron vers la Montagne de Lure. Seul Pierre y répondra favorablement. Nous avons déjà 3 h 00 de vol avec des plafonds moyens à 3 400 m. Pour ma part je ne suis pas fatigué (merci Exxtacy) mais c'est le premier jour du stage et je ne tiens pas à finir carpette dès le lendemain, je décide donc de faire une balise à Gâche et boucler vers le Camping de Laragne en compagnie de Jean Marc, Jean Claude et Yves. Le rigide fait parler la poudre sur cette dernière transition de 17 km. Parti de 2200 m de Gâche, je rallie sans problème le but en 3 h 30. Yves se pose une demi-heure après moi, ayant dû faire un petit plein en milieu de vallée pour assurer et Jean Marc quelques minutes plus tard après un point bas mémorable qui lui vaudra le surnom de « Seigneur des Basses Couches ». Jean Claude se pose à Ribiers à 5 km du but (rageant) ayant voulu atteindre un Cum qui s'est dégonflé à son arrivée. Pierre et Alain, après avoir fait la balise sur les antennes de Lure se posent après 4 h 30 de vol. Bilan : 110 km (1er 100 bornes de Pierre !) + 90 + 90 +  90 + 85 + 65 =530 km. Lundi 4 août : 1er Graal : + 100 km et en triangle FAI ! Déco : Chabres 13 h 15. Nous laissons malheureusement derrière nous Yves (panne de radio) et Nono (change d'aile !) 1ère Balise Col Saint Jean, 2ème balise Nord Ouest du Col de Cabre (après un vol direct - rare d'après Alain), 3ème balise Est de Sigoyer (Les Monges) via Aiguille, Arambre, Saint Genis (où je prends une pompe à +8 intégré sur 3 minutes ! Ca c'est du plein express.) et retour au camping. Le rigide fait merveille sur ces longues transitions et ne s'en laisse pas compter dans les pompes. Je boucle mon premier 100 km en 3 h 00 suivi par tout le restant de la bande s'étalant sur ½ heure. A l'exception d'un point « bas » à 1 350 sur Saint Genis (600 m/sol), je ne suis jamais descendu en dessous de 2 600 m. (y a pas de doute, à voler haut on reste serein !) Plafonds moyens 3 500m. 5 pilotes bouclent, Pierre fête son 2ème 100 km de la semaine et pour les 4 autres leur 1er 100 bornes. 108 X 5 = 540 km. 
Mardi 5 août : 2ème Graal : Le Pic de Bure. Alain nous propose un circuit Nord avec une balise sur le Pic de Bure. J' avais déjà échoué 3 années consécutives sur cette destination en visitant les atteros de Veynes et je tenais absolument à contempler ses faces stériles par le dessus. Les développements précoces augurant d'une évolution orageuse, il faudra faire vite. 
Déco Chabres : 13 h 00. Nous perdons encore Yves, Jean Claude et Nono qui n'arrivent pas à s'extraire du déco dans les conditions cycliques et marginales de ce début d'après midi. Nous schintons Orpierre et Beaumont pour transiter directement sur Aujour que nous raccrochons à ras la crête. Le vol de groupe fait merveille et nous nous retrouvons à 4 dans la même pompe trouvée par Pierre. Plafond à 3 500 m et transition sous les Cums vers la montagne d' Oule, où nous devons faire le plein absolument pour raccrocher en direct sur Bure. La mauvaise réputation d'Oule ne se dément pas et le groupe a beaucoup de mal à travailler des thermiques très turbulents. J'en trouve un bon qui me dérive au milieu de la vallée de Veynes. Il faut faire vite car un Cb se développe derrière Bure. Alain m'incite à y aller maintenant ou remettre à plus tard. Pierre qui est plus Sud décide de faire une balise plus à l'Ouest pour éviter le Cb. Les deux autres rescapés font demi-tour et tente de rallier le camping en solo. Je raccroche le Pic de Bure au dessus de la ligne des arbres et commence la montée dans cet univers minéral en vol de pente. Vite, vite car l'ombre avance et le nuage commence à se faire menaçant. Pourtant pas d'ascendances démentielles (+2/+3), je passe au dessus des paraboles, ça y est, je l'ai mon 2ème Graal ! Bon, il va falloir songer au retour. Alain qui m'a suivi plus à l' Est a déjà fait demi tour et me balise les ascendances. Nous survolons la Grande Ceüse à plus de 3 400 m et fonçons à 70km/h au plafond sur Saint Genis, le Cb est désormais très loin derrière. Saint Genis : Alain s' arrête pour attendre Pierre qui a fait un point bas à 150 m sol devant Arambre avant de se refaire. Je trouve un pompe sur Saint Genis qui me satellise à 3 800 m (le plafond était à 300 m au dessus !) et file faire une balise en plané sur Sisteron. Désormais seul, j'hésite à pousser jusqu 'à la Montagne de Lure qui m'aurait permis de faire le mythique Bure/Lure (il faut bien se laisser des challenges pour les années à venir !) et je retourne vers le but. 3 h 30 de vol pour un aller et retour de 90 km. Pierre, tellement heureux de s'être refait, s'offre une heure de vol supplémentaire en allant survoler le déco. 90 + 60 + 50 + 50 = 250 km. Mercredi 6 août : ça continue. Circuit Sud à 6 pilotes. Déco tardif à 14 h 15. 1ère balise Col « intermédiaire » de Chabre, Chanteduc,  Ouest des antennes de Lure. Ca développe sévère à l'Ouest de Lure avec averse, éclairs et tout le toutim. Nous continuons cependant en toute sérénité grâce à Alain qui sait nous pousser à aller plus loin, tout en gardant une large marge de sécurité. Corne de Lure et retour pour la moitié du groupe, l'autre moitié poursuivant sud-est sur Les Méés avec survol de Saint Auban et retour via les faces est de la vallée de Sisteron et Gâche (nous avons perdu Yves en route - ce n'est décidément pas sa semaine). Du vent de Nord rentre en fin de vol, une fois encore je remercie les performances de l'Exxtacy qui me permettent de rallier le but sans problème. Au vu des conditions, il est certain que nous n'aurions peut-être pas décollé sans la présence et les conseils rassurants d'Alain. 70 km en 3 h 15. Pour le groupe : 70 + 60 + 60 + 50 + 50  = 290 km. Plafonds : 3 600 m Jeudi 7 et vendredi 8 : des « balades » pour terminer. La météo annonce des surdéveloppements précoces, Alain décide ainsi de réduire nos ambitions et d'écourter les vols quand les conditions le nécessitent (ce qui ne nous apparaissait pas forcément évident en l'air). 
Jeudi 7 déco Chabres pour un vol « circuit Nord » écourté de 2 h 00 et 30 km. (210 km pour le groupe) Vendredi 8 : Alain, coiffant sa casquette « guide touristique du vol libre » nous propose la découverte d'un nouveau site à bord de son beau combi jaune, (navette grand luxe avec clim et tout). Déco du Colombis à 13 h 00 (très tôt pour ce site) avec survol de la Salle de Bal des Demoiselles Coiffées. Nous yoyotons pendant une heure au niveau du déco avant que la convection s'installe, puis traversons la vallée de Gap pour aller sur le Piolit puis le « Chapeau de Napoléon » balise sur Gap et retour sur l'atterro de la Bâtie avant le front d'orage. 40 km pour 2 h 30 de vol. (280 km pour le groupe) 
Samedi 9 : retour sur Chabre. Déco à 13 h 30. 15 minutes plus tard, seuls Yves et Alain restent en l'air. Les conditions très faibles sur le déco, conduisent plus de la moitié des 60 pilotes présents à visiter l'attero Sud, qui n'aura jamais autant mérité son surnom de « Porte Avions ». Yves, harnais déjà ouvert, trouve une pompe à 100 m/sol ( !) au dessus de l' attero de Barret le Bas. 30 mn plus tard, il rejoint Alain au plafond à 3 400m. Il sauvera ainsi sa semaine par un « cours particulier » de 4 h 30 et un joli triangle Chabre, Séderon, Gache de 60 km Deux jours plus « calmes », qui venaient conclure une semaine fantastique. Jugez plutôt : à 7 pilotes, 2100 km parcourus en 6 jours pour le groupe (dont 428 à titre personnel), en stage et par des pilotes qui font moins de 30 vols par an ! Ainsi, (et c'est du vécu) quel que soit son niveau, Alain en grand professionnel sait nous faire sortir du bocal. Il fait de nous des pilotes autonomes et responsables sachant concevoir un plan de vol et l'adapter en fonction des circonstances, le tout en toute sécurité et avec la bonne humeur et la convivialité en plus. Moi, je le dis, Métamorphose, c'est vraiment la transformation du deltiste.

Patrick Bouillet (Deltiste Nantais). 
PS : je suis à la recherche de copains de jeu sur la Loire Atlantique, le Maine et loire et le morbihan