| La découverte du delta
Des souvenirs de pente école en 1981 à Val
Louron, puis l’année suivante, le brevet sous
Atlas, et quelques années de pratique à suivre,
toujours dans ce joli coin des Pyrénées.
Et puis des années et des années d’arrêt,
la rénovation d’une ferme, le travail le nez
dans le guidon, les enfants... jusqu’au 4 ème
(oui, tant que je gagne, je joue …)
Mais toujours ces images qui défilent
dans la tête, le vol couché ventre le nez
dans le gaz, à contempler cette vallée magnifique,
enrouler comme un fondu avec les milans dans les pompes
de débutant, comme si c’était hier.
Et beaucoup de mal à exprimer tout ça à mon épouse
pour lui faire comprendre qu’il fallait absolument
que je remette ça ...
La redécouverte
Mais c’est décidé, en
2004, je remets ça, en Auvergne, avec une semaine
de pente-école.
Malheureusement, même pas un grand vol, à cause
d’une météo de fin de semaine un peu
capricieuse.
C’est là que je découvre, stupéfait,
que l’Atlas avait 20 ans d’avance lors de mes
premiers grands vols puisque c’est toujours lui qui
m’accompagne en école…
Autre surprise de taille, tous les pratiquants ont vieilli
ensemble. J’avais quitté des groupes de jeunes
de mon âge, coiffés comme des dessous de bras.
Je retrouve des vieux de mon âge avec des cheveux blancs,
du moins pour ceux qui en ont encore !
La progression
L’année suivante, tout s’accélère.
L’achat du Mambo, la rencontre ave Patrick, le rigide
chauve Nantais, Oh mon Maître (sur le ton de Dark Vador),
la prise en main à Kervigen en Bretagne dans une brise
laminaire par un plouf de 30 secondes, après 3 heures
de route, et autant pour rentrer… (Ca non plus, ce
n’est pas facile à faire comprendre à ma
femme)
Mais également un séjour d’une
semaine en avril à deux vols par jour sur le lieu
de mes débuts, puis 3 semaines de vols de ouf l’été suivant
dans des pompes sympathiques du coté du Cap de Pâle,
des vols magnifiques avec les aigles, de sacrées
belles bêtes à plus de deux mètres
d’envergure planant à portée de la
main , des plafonds en veux tu en voilà, une équipe
de mordus fous furieux inoubliables avec Achille pour chef
de meute,une sacrée pointure ;-)).
Bref, j’avais complément rechuté.
Et puis le remorqué, encore une expérience
incroyable ! Surtout quand c’est un pro qui pilote
l’ULM, comme Jean Pierre à ARON, avec une
expérience en béton qui lui permet d’anticiper
en permanence les réactions du volatile maladroit
qu’il a aux fesses, au bout d’une corde de
30 mètres.
Et du bonheur, encore du bonheur …
La préparation
En reprenant après une si longue interruption,
mon objectif était le rigide. C’est lui qui
me donnerait l’accès à des performances
correctes en plaine, suffisantes pour se faire vraiment
plaisir sans avoir pour autant les centaines d’heures
d’expérience de vol indispensables pour gouter
au vol de distance avec son souple. (Sauf à être
sensiblement plus doué que moi). Sans parler de
la fraicheur du bipède après 3 heures de
vol qui permet de conserver la capacité de jugement
et la sérénité pour l’atterrissage
!
C’est donc assez naturellement qu’à l’issue
de la seconde saison, je souhaitais avoir la possibilité de
réaliser la prise en main de ma dernière acquisition,
une bête magnifique de 13,40 m d’envergure, la
Mouette version rigide !
Depuis des mois, l’engin était
dans mon garage, à Nantes.
A six reprises, j’ai répété les
gestes du montage /démontage et la prise en main,
au sol, face au vent.
Découvrir cette phase me permettrait certainement
d’être plus serein pour le premier vol.
La révélation
Et en cet été 2006, la fin
du séjour à Laragne approchait.
Trois semaines à la Mecque du delta,
du souple, du cross, des conditions parfois un peu fortes,
dont 8 jours de stage gorgés de conseils avec Bernard
et le point d’orgue sur la fin de cette période,
le passage au rigide ;-))
J’ai eu tellement de témoignages sur les difficultés
réelles ou supposées de l’accroche du
Mambo derrière un ULM, que j’ai été bluffé par
la facilité de l’expérience quand elle
s’est concrétisée. Mais avec un préalable
de taille, puisque des personnes d’expérience
sont absolument indispensables pour la phase action, avec
un matériel adapté et réglé,
et le respect de procédures éprouvées.
De la même façon j’ai constaté à chaque
fois de l’étonnement, de la surprise, et des
réserves quand j’annonçais envisager
de passer au rigide après le Mambo.
Il a fallu les encouragements et les conseils de plusieurs
poids lourds du domaine, Bertrand, Patrick, Bernard et les
autres pour me décider à franchir le pas.
Tout seul, c’est sûr, j’aurais
commencé (avec beaucoup d’appréhension) à Aspres,
les grands espaces, ça sécurise !
Mais là, ce mardi matin, avec des conditions idéales,
calme, vent laminaire à l’orientation parfaite,
20 Km/h maxi, et l’un des tous premiers moniteurs de
France, c’était le grand jour.
Aucune surprise au montage, les gestes sont
gravés dans ma mémoire. Dans le bon ordre
tout est si simple avec ce magnifique oiseau. La pré-vol
est déjà un moment de bonheur, je caresse
la bête qui a déjà les naseaux fumants.
Je me remémore les précieux conseils, des gestes
doux au décollage, la barre de contrôle moins
basse que sur le souple, et également plus an avant,
la différence d’incidence, le maintien de l’angle
en fixant l’horizon, un démarrage progressif
lors des premiers pas, etc …
Et viens mon tour au décollage.
Je lève le Top Secret selon la méthode préconisée
par Xavier pour économiser mon dos, je relève
le trapèze en appuyant l’aile sur la quille.
Efficace .
Puis je m’approche de l’endroit du décollage.
L’appareil trouve sa position face au vent et s’équilibre
tout seul.
C’‘est de bonne augure, jusque là, c’est
trop facile.
J’ai le palpitant qui palpite.
Puis la formule magique résonne comme un sésame
: « quand tu veux ! »
Je prends ma respiration, vérifie
l’inclinaison, donne un coup de droite et de gauche
avec le trapèze pour vérifier les ailerons.
Un pas, deux pas, le troisième je le fais dans le
vide.
C’est impossible que ce soit aussi simple, peut être
n’ai-je pas appliqué les consignes, peut être
suis-je trop lent ? Peut être …
Par précaution je tire sur la barre, prends de la
vitesse et m’éloigne de la pente !
J’ai réussi !
L’appareil glisse littéralement
sur l’air, c’est absolument stupéfiant.
Je ralentis un peu et m’allonge dans le harnais.
Pas de secousse, le rigide vole sans nécessiter
de pilotage permanent - un peu comme si je n’étais
pas là - et semble être posé sur des
rails.
Un coup d’œil à droite
et à gauche, les plumes n’en finissent pas,
elles semblent toucher l’horizon. Quel spectacle
!
Vient alors le moment du premier virage.
Impressionnant. Je reprends un peu de vitesse par précaution
et déplace le trapèze du bout des doigts, sans
aucun effort. L’appareil s’exécute et
entame un virage régulier sur la gauche sans inertie
et avec une excellente réactivité. Je vérifie
ce qui m’était annoncé. Alors qu’en
souple, le déplacement du poids du pilote est la cause
du virage, en rigide, cela en est la conséquence.
Les puristes prétendent qu’on perd ainsi en
sensation, mais je comprends immédiatement qu’avec
une fatigue quasi nulle, cette différence me permettra
lors des longs vols de garder fraîcheur et lucidité pour
profiter de l’instant, optimiser les choix, et préparer
l’atterrissage.
Par précaution, je conserve une vitesse
mini de 45 km/h (oui, je sais, y’a d’la
marge, mais cela a au moins permis à plusieurs de
se dérider les zygomatiques)
Je réalise des 8 en restant attentif à être
suffisamment éloigné de la pente.
Je repense alors aux mots d’un anti
rigide patenté quelques jours auparavant ; « si
tu es une bouse en souple tu resteras une bouse en rigide » Fermez
le banc.
Oui, c’est vrai, mais une bouse heureuse qui a la banane
pendant tout le vol tellement elle est en osmose avec son
appareil.
Et c’est bien là ce qui est absolument primordial.
Se sentir en harmonie avec l’engin et faire corps avec
lui. Voler en confiance et croquer le plaisir à pleines
dents.
Bon, reste quand même à tester
la prise de terrain et l’atterrissage ….
A ce stade, je suis quand même rassuré par la
précision des réactions de l’appareil.
Il obéit à la seconde avec une franchise impressionnante.
Reste à lui donner les bonnes directives pour réussir
un retour sur terre … acceptable.
Et tenter de ne pas m’aplatir comme une bouse, justement.
Mais piloté par radio pour la prise
de terrain je n’ai pas à me préoccuper
de l’approche.
Je commence par prendre fermement la barre de contrôle
pour tirer les volets, c’est une précaution
qui s’impose pour conserver sa vitesse (là aussi,
les conseils préalables sont très importants)
Je règle mon allure, et après une dernière
manœuvre, j’entame ma PTU.
La fin du dernier virage est impressionnante
tellement les ailes semblent s‘étendre à l’infini
l’une en direction d’un gros cum, l’autre
vers la manche à air.
Bien redressé, je longe le sol pendant une éternité.
Puis un poussé final un peu tardif. Pas grave, merci
les roulettes.
J’ai une banane incroyable, je viens
de vivre mon rêve.
On ferait plus de choses si on en croyait moins d’impossibles
disait Condorcet …
La confirmation
Des images plein la tête, un débriefing
perso dans le courant de la nuit, et me voilà sur
la pente de décollage le lendemain matin.
Les conditions météo sont comparables à la
veille, avec un poil plus de vent.
Réglage de l’assiette, concentration,
c’est parti.
Pas le temps de faire le 3 ème pas cette fois ci non
plus…, l’engin est déjà sur des
rails, droit devant.
Mon changement de main dans les règles (pour une fois),
les volets remis en ligne, et j’entends « parfait » dans
mon talkie.
Là, j’avoue que j’ai dû bomber un
peu le torse.
Vraiment, le plané de cet appareil
est bluffant, tant il donne l’impression de littéralement
s’appuyer sur l’air.
Plus détendu (le pilote, pas le rigide)
qu’au premier vol, je savoure.
Je réduis -un peu - la vitesse en prenant soin de
conserver toutefois encore une bonne marge de sécurité.
Malgré des conditions météo
peu favorables ce jour là -je vois mes collègues
peiner à maintenir leur altitude en vol de pente
-, je prends de la hauteur sans difficulté, avec
un pilotage du bout des doigts.
J’indique au moniteur que j’ai l’impression
de ne rien avoir à faire, que l’appareil est
décidément d’une précision rassurante.
Il me répond que le gars à qui je l’ai
acheté sait ce qu’il fait, une pointure dans
la profession !
Et de lancer haut et fort « Put .., qu’elle est
belle en vol cette aile »
Bon. Ce jour là, pas évident
pour un (éternel) débutant de quitter le
vol de pente.
Apres une bonne ballade avec nombre d’allers et retours,
je décide d’aller me frotter à la prise
de terrain.
Seconde expérience, qui s’avérera
comparable à la première …
Sauf que je n’ai qu’un volet tiré, le
second s’étant décroché de l’élastique …
Phase finale, je regarde loin devant, la main droite sur
le montant, la main gauche… qui cherche le montant,
se bloque sur le câble …(le trapèze est
effectivement plus avancé que sur le souple)
Finalement, après un long plané le long du
sol, le poussé final se révèle un peu
mou et un atterrissage (encore) sur le ventre.
Mais toujours la banane.
Pour moi, la prise en main de l’appareil
est une réussite.
Mais je garde en tête les mises en
garde appuyées de Xavier, les réactions réservées
de certains interlocuteurs qui apprenaient que je passais
du Mambo au Top Secret, et je réalise à quel
point la simplicité que j’apprécie
ne doit en aucun cas occulter la prudence qui s’impose
avec cette bête de course, et particulièrement
sur le respect d’une marge de sécurité sur
les plages de vol.
Il était pour moi évidemment
qu’il ne fallait pas franchir le pas sans un encadrement
de qualité. L’expérience et la pédagogie
de Bernard, sa maîtrise de cette discipline et de la psychologie
de l’élève forcent le respect. Chapeau
bas.
Le vol, c’est bien entendu du mental également.
Voler serein sous une machine avec laquelle on est en phase,
avec laquelle on ne fatigue pas du tout, ca évite
de prendre feu, ça donne le recul nécessaire à la
prise des bonnes décisions, et ça permet de progresser.
Et un engin comme celui-ci, ça agrandit
sacrément l’aire de jeu !
Bref, du bonheur à pleines dents
;-))
Yvan
« L’aigle qui referme ses ailes redevient un poulet »
Proverbe… régional. |