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Passage sous Stratos
| En ces temps hivernaux, je me souviens avoir promis à François et à un Chauve Rigide Nantais un couplet sur mon passage sous rigide…
Bon alors.
Bon.
Voici mon petit long couplet hivernal sur mon passage sous rigide lors de cette année 2009.
Je m'adresse ici surtout à ceux qui volent en souple …. et qui hésitent à passer sous rigide : c'est possible !
Le pilote :
J'ai débuté le delta en 2000, je fais mes débuts avec un Twist 13 (Ellipse), puis Boomerang XM 126 (Tecma), retour sous Nuage 13 (Tecma) pour assimiler le remorqué, puis Furtif 128 (Ellipse) une aile intermédiaire. Et enfin Stratos S cette année 2009. Je suis un pilote de loisir, pas un féru de compétition. Plaine oblige (je suis de Poitiers), je vole en Ulm pendulaire et en Mosquito aussi.
Pour ceux qui ne me connaissent pas, j'ai un petit gabarit (1,62 m et 55 kg habillé ; c'est important pour la suite... ou pour ceux qui pensent que le rigide est Herculéen).
Le rigide me faisait de l'œil depuis longtemps : d'abord c'est beau et performant, ensuite j'habite et vole en plaine, donc en remorqué à Poitiers, et le remorqué en rigide est plus simple. Surgit une annonce en Mai 2009 pour un petit Stratos S à un prix … (c'est toujours un problème, le prix d'un rigide...bref) … je réfléchis ... Ça ne cours pas les rues un petit rigide... Arg… j'achète.
J'ai fait quelques ploufs en Corrèze pour les premiers déco-atterro (merci Hervé Duplan), puis un stage Chauvet (merci Alain Chauvet) à Laragne en Juin, ensuite des vols en remorqué et en Mosquito dans l'été, puis une semaine à Aspres en Septembre.
Bilan :
Paquetage et montage : Empaqueté, c'est plus encombrant qu'un souple, on fait gaffe au portage ou dans les pierres, c'est vrai. Je regarde où je le pose au sol. Le mythe du montage compliqué en rigide relève du fantasme : ce n'est pas plus compliqué qu'un delta, il faut apprendre la procédure dans l'ordre, rien de difficile. Idem pour la prévol.
Après le montage il est indispensable de s'esbaudir devant la beauté de l'aile : une lame. Superbe. Ca donne envie de voler. Cette inextinguible fascination fait surgir un large sourire de bonheur au pilote esthète, qui dès lors, le gardera pour le vol...
Le poids ? Environ 35 kg. C'est le poids d'un sans-mat standard : sauf qu'avec mon niveau de pilote moyen, le rigide m'offre des performances et du plaisir que je n'attendrais pas en pilotant un sans-mat : CQFD !
J'envisage de le démonter en deux housses à la prochaine saison (alors là, c'est le bonheur).
En vérité, une fois dans le trapèze sur les épaules, ce poids n'est pas vraiment un problème (avec ma petite carrure dans le trapèze, le Stratos S ne m'est que faiblement statique arrière).
Au déco, la maniabilité dans le vent est beaucoup plus simple à gérer qu'avec un souple. De fait, la petite taille du trapèze est ajustée à ma morphologie. Je ne lutte plus comme avec un souple avant le déco, et je fais beaucoup moins, mais vraiment beaucoup moins d'efforts physiques au portage.
Déco : Bien. On met 15 à 20° de volets. Avec les « on-dit » sur les rigides, je flippais sur le déco avant le 1er décollage. Mythologie encore : certes il faut faire le premier pas sans brusquerie, avec une belle gestuelle et une incidence stable et parallèle à la pente. Si vous volez en souple sans être cool et capable de bien gérer votre incidence dans cette phase, restez en souple. Sinon, le décollage est incroyablement plus facile qu'en souple ! L'aile se cale seule sur son axe face au vent, se corrige d'elle-même. L'aile s'équilibre et porte très vite. Le premier décollage me fut impressionnant de simplicité. Les autres ensuite aussi, y compris sans vent. (Encore une fois, il faut faire les premiers pas avec une course progressive, mais il n'y a aucune surprise si vous êtes déjà l'aise dans cette phase en souple).
Vol : C'est le plus impressionnant. Pas d'effort. Les commandes sont d'une douceur effarante, et ça se pilote avec la souplesse d'un manche d'avion. Avec sensibilité. Au début, il faut apprendre à dépiloter et à laisser l'aile voler. C'est comme de passer d'un tracteur à une Mercedes : il faut se dire qu'il y a une direction assistée souple et sensuelle. Il faut apprendre aussi à « oublier ses pieds » en virage. Cette adaptation se fait très vite (le corps enregistre très vite qu'il n'a plus beaucoup d'efforts à faire).
Ca tourne facilement, et ceux qui disent qu'il y a plus d'inertie en rigide racontent n'importe quoi : de la stabilité : oui. De l'inertie : non. En thermique par exemple la maniabilité du Stratos S est excellente. On peut noyauter à l'envie. Au début, voir son bout de plume effilé s'enfoncer sur le côté impressionne. Certes, ça ne tourne pas comme une simple surface, mais ça dégrade aussi beaucoup moins en virage : le chouilla que l'on perds en maniabilité se retrouve en stablité, taux de chute et en disponibilité mentale du pilote.
Parce que c'est vraiment là que se situe toute la différence d'avec un souple : l'esprit, enfin libéré des contraintes physiques et psychiques du pilotage du souple, est beaucoup plus disponible pour le vol.
Je me sens plus disponible pour penser à mon vol, à comment et où je monte, à là où je vais, à la suite du vol, au paysage, à l'environnement … et au plaisir de voler.
Ensuite, et seulement ensuite, viennent les performances. Et là aussi c'est bluffant : grande plage de vitesse, performances sidérantes en taux de chute, en thermiques, et finesse en transition, etc... je ne vous fait pas le couplet, mais c'est vrai que je vois désormais plus loin... C'est tout de même agréable d'aller plus loin et plus vite... et de moins se poser de questions pour remonter au vent ! Mais je ne souhaite pas m'étaler trop ici sur les performances : c'est écrit partout et contempler une polaire de rigide suffit pour comprendre ; la vivre, c'est encore mieux !
Il y a des thermiques anémiques qui deviennent intéressants en rigide, et le faible taux de chute change vraiment la donne.
J'insiste, le plus important est la simplicité du pilotage, du vol en général, et de la décontraction (notamment dans ces thermiques faiblards et autres pétoles minables) qu'apporte le rigide par rapport au souple. Du plaisir en plus, sans inconvénients. Vraiment du plaisir. Et mes vols en sont transformés par la disponibilité mentale que l'aile m'apporte. Le paysage devient plus beau, les thermiques sont meilleurs, les copains sont en dessous, le terrain de jeu est plus vaste... le rigide aide à voler heureux.
Les prises de vitesse sont marrantes, au début on pense que ça ne chute pas vraiment (en fait si, quand même un peu, mince). Jusqu'alors peu usitée, j'utilise désormais la cordelette d'incidence de mon harnais entre thermique et transition.
Je ne vous parle pas de la gestion des volets, vous trouverez ça dans d'autres articles, mais là aussi c'est simple, et plus facile à gérer qu'un overdrive en terme de gestion mentale...
Je ne vous parle pas non plus du centrage, c'est dans les magazines ou le manuel. J'ai tâtonné quelques vols avant de trouver la bonne vitesse barre lâchée avec mon poids. Rien de compliqué ; avoir un badin est cependant indispensable pour cadrer ce centrage au départ, et gérer la vitesse en transition ensuite.
Remorqué : Le remorqué a toujours été pour moi un peu galère (faible poids, faible surface, et moi en tant que pilote jamais à l'aise : j'étais souvent confronté à des problématiques que ne rencontrent pas les pilotes lourds et plus aguerri dans le remorqué). Mais dès le premier remorqué avec le Startos S, j'ai senti que c'était redoutablement plus simple qu'en souple. Roulage et sortie de chariot similaire, mais ensuite en vol, l'aile SUIT le remorqueur SEULE ou presque. C'est quasi idiot-proof en lacet/roulis. Reste à gérer le tangage, et comme ça accélère vite, le régalage des volets a son effet selon l'Ulm remorqueur et l'aérologie. Quoi qu'il advienne, le remorqué est très sécurisant, bien plus qu'en souple. Je n'ai pas encore essayé le treuil.
Mosquito :
Rien à dire. L'aile vole bien droit et se cale face au vent dans la phase de décollage. Faire attention à l'incidence avant le décollage, adjoindre ensuite une course ample est judicieux. Sans vent, ça marche aussi bien qu’en souple, avec une longue course. Le vol ne comporte pas d'étrangeté. Le poussé au posé est encore plus aisé du fait que le pilote est un peu plus en avant dans le trapèze.
Approche : inutile de jouer les PTS en radada, on sent vite que ce planeur n'est pas fait pour ça (oui, on a vraiment la sensation de poser un planeur). Après avoir perdu l'altitude idoine, je fais de larges PTU (ou de larges S au vent du terrain, avant une grande PTL ou PTU selon le terrain). L'approche est plus plate, c'est déconcertant au début, mais on s'habitue vite. Plein volet en entrée de finale, je sors haut du harnais et me mets debout tôt, avant une longue finale. Avec les pleins volets, debout et un peu de vitesse c'est un régal, ça plombe : je suis aussi précis qu'en souple. Ca ne veut pas dire que je suis hyper précis, ça veut dire que ma marge d'erreur est identique au souple (encore une fois, y'a trop de mythes sur les rigides qui seraient difficiles lors de l'approche, colportés par son histoire ; si vous foirez vos approches en souple, vous les foirerez en rigide).
Je n'ai pas encore essayé le dragchute en rigide.
J'ai posé un peu partout, en plaine, en cross, à Courtet où l'atterro est en pente descendante, ou au Poisson au Sud de Chabre dans des conditions turbulentes : faire une approche propre et carrée est la bonne solution. Mais au delà de ça, il n'y a pas de complexité à gérer cette approche.
Posé :
Là encore, le petit trapèze ne m'a jamais été aussi adapté (auparavant en souple, les trapèzes m'étaient bien grands). Ma gestuelle au poussé, sûrement pas la meilleure, s'en trouve améliorée. J'accompagne souvent l'aile de quelques pas au moment du poussé.
En cas de soucis ou de doutes, le posé roulettes marche très bien aussi. J'ai posé ainsi une fois avec les volets restés en lisse, ou une autre fois vent de travers-cul (je vole toujours avec des roulettes : ça sert).
2009 m’a permis la prise en main, 2010 m’amènera j’espère de beaux vols.
Je suis donc passé sans soucis d'une aile intermédiaire au rigide, et pour tout dire, je pense que c'est une continuité évidente. Les performances sont là, et le plaisir aussi.
Si vous avez fait le tour de votre aile intermédiaire et que vous êtes à l’aise avec, pensez que le rigide est une suite accessible. Ce ne sera probablement pas une marche plus haute que de passer sous un sans-mat.
La disponibilité mentale qu’apporte le rigide, la simplicité du pilotage et vos facultés d’apprécier le vol en seront décuplées. Ca vole tellement bien.
Le rigide n'est pas une aile de débutant, mais je suis convaincu que les pilotes attendent trop dans leur carrière pour passer sous rigide, ou n’y passent jamais parce qu’influencés par une fausse réputation de bête de course.
Tout le problème du rigide réside dans son prix. Et AIR en total monopole est probablement en train de tarir l’accessibilité du rigide aux pilotes de loisirs par les prix prohibitifs qu’il pratique (et par le poids proprement titanesque des Atos VR qui est au-delà des 45 kg ; bonjour le progrès).
A quand un rigide à poids raisonnable (tel le Tsunami ou le Stratos S) et au prix d’un sans-mat ordinaire ?
Bref, bref, bons vols…
Blaise
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